Dunkerque

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Raphaël GLUCKSMANN 19 juin 2017

Compte-rendu de la Conférence  débat du 19 juin 2017 avec

Raphaël  GLUCKSMANN ,

autour  de son  livre :

« Notre France

Dire et aimer ce que nous sommes »

(Allary éditions, novembre 2016)

 

Plus de cent personnes étaient présentes pour cette soirée originale où participaient également, Tiphaine de la compagnie du Nonalors…. qui a « planté » le sujet  avec la lecture d’un extrait du premier chapitre du livre et Jan Bijoff qui a interprété l’Affiche rouge  (poème d’Aragon chanté par Léo Ferré), et Ma France de Jean Ferrat.

 

L’animation de la rencontre est faite par Jean-Marie Lefeyer qui pose les premières questions, avant l’échange avec le public.

 

Pourquoi ce livre ?

Ne reconnaissant pas son pays, la France, dans la manière où on lui imposait une vision de l’identité qui n’était pas la sienne, Raphaël Glucksmann a voulu rappeler notre histoire : que la France n’a jamais été un village monocolore, et que d’emblée, ce pays accepte l’autre ; le Français est à la fois paysan et navigateur.

1789 est le produit d’une longue maturation sociale et historique, qu’il faut faire remonter à Renart      ( le Roman de Renart est le premier texte qui unifie le territoire français). Et il faut se souvenir que c’est un édit royal de Louis X en 1315 qui instaure que « le sol de France affranchit celui qui le touche » : l’étranger en « touchant » notre terre devient « franc ».

 Mais qu’il y a toujours eu des Zemmour et De Villiers pour kidnapper notre histoire…

 

En 1833, dans le nord de la France, une mobilisation des « patriotes », des travailleurs des filatures aux bourgeois, entrave le parcours du convoi qui expulse vers le territoire belge Joachim Lelewel (réfugié polonais en France depuis l’insurrection varsovienne de 1830)  : le soutien aux étrangers menacés d’expulsion n’était pas alors qu’une affaire de « bobos »…..

 

Ecrire ce livre était aussi une façon de répondre au silence des intellectuels et de la gauche. Au moment des boat people, l’intelligentsia s’était emparée de la question et le président d’alors, Giscard d’Estaing avait accordé 220 000 visas en une journée…

 

A l’été 2015 la crise migratoire devient cataclysme avec l’arrivée des réfugiés syriens. Ce fut un moment révélateur de l’état idéologique du pays et de la démission de la puissance publique. Raphaël Glucksmann a passé plusieurs semaines à Calais, dans « la jungle » (nommer ainsi est aussi une défaite linguistique) : il a visité de nombreux camps de réfugiés dans le monde : il n’avait jamais vu cela ...

 

Le climat actuel de refus dans le pays est-il « révolutionnaire » ?

Voter FN est-il se révolter ?

En Picardie, le vote FN est une révolte contre Paris, dans le sud il y a une connotation raciste.

Dans les élections qui viennent de se dérouler, il y a une forme de plaisir partagé par tous à voir les têtes valser. Moment de mort des rois, besoin de dégager l’ordre établi : c’est traditionnellement français. On vient de vivre un rappel à notre histoire.

On a parlé de dépolitisation des jeunes : c’est faux ! Il y a un retour à la politique : la « gueule de bois » a ramené les gens à la politique.

 

 

 

Le coup de balai est nécessaire et salutaire pour la France. Mais toutes les questions qui se posent remettent en cause la philosophie individualiste. Or le projet d’Emmanuel Macron repose encore sur cette philosophie. Il y a un espace pour un grand récit de gauche qui réhabilite une dimension collective.

 

L’Europe ?

Celui qui a inventé l’idée européenne, c’est Victor Hugo (cf discours du 21 Août 1849 au Congrès international de la paix à Paris), c’est pas un banquier !

Progressivement, on a dépolitisé l’idée européenne. Si on n’a pas l’utopie, on vide l’Europe de sa substance.

La question écologique va nous faire comprendre l’impasse des logiques individualistes, et que l’on a besoin d’une cohérence européenne.

 

Une solution….ou une idée proposée ?

 Les structures collectives (syndicats, partis politiques, églises..) sont en crise : l’esprit individualiste a colonisé le collectif.

Un service civique universel obligatoire serait un moyen de restaurer une obligation collective : il nous obligerait à sortir de nous-mêmes .De la constellation des ghettos nait la peur.

 

La conclusion de cette soirée revient à Hegel, que Raphaël Glucksman évoque avec des mots clairs et simple, comme il a su le faire tout au long de cet échange : « il faut rétablir les droits du tout sur les parties »…