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les migrations : débat avec Xavier Emmanuelli

EXPRESSIONS 

CR                 Réflexions sur l’assistance aux réfugiés et aux migrants

                       8 Novembre 2017 avec Xavier EMMANUELLI

Le public était nombreux (plus de 150 personnes) pour entendre Xavier EMMANUELLI, co-fondateur de Médecins Sans Frontières, ancien Secrétaire d’Etat à l’Action Humanitaire d’Urgence, partager ses réflexions sur l’assistance aux réfugiés et aux migrants.

 

« La relation à autrui est très mystérieuse. Depuis bébé on dit « je veux être aimé ». A l’époque de nos anciens, personne n’était exclu. Dans notre vie moderne on devient étranger à l’autre ».

 

Les migrations sont un fait humain : les hommes ont toujours migré : l’homme est un migrant, il n’est pas fait pour rester en place.

Les gens migrent parce qu’il y a des guerres. Certaines n’en finissent pas (Afghanistan, Soudan…) Des profondeurs vient la panique. Les gens veulent vivre.

A un moment de l’histoire, onze millions d’Italiens sont partis, ils n’ont pas été bien accueillis en France, les deux tiers sont revenus : les migrations c’est un balancier : c’est difficile l’exil. En 1940 , tout le monde a pris la route : six millions de Français sont partis vers le sud.

Les gens fuient d’abord dans le pays d’à côté. Au Liban, pays de quatre millions d’habitants, il y a aujourd’hui un million et demi de réfugiés.

Les gens risquent leur vie : depuis 1980 trente mille ont perdu la vie.

 

André Maginot avait construit un  « mur infranchissable »….Guderian a fait le tour : les frontières ne seront jamais étanches : les migrants passeront, question de survie.

Il y a une image formidable de la France au travers le monde : les Français ont inventé le droit d’asile en 1793. (…et la « loi des suspects »…) Et on se comporte petitement… L’Europe est apathique, elle a tout oublié…

 

On a un immense  problème planétaire. Le monde entier est sur les routes. Ce n’est pas une crise, c’est un grand mouvement structurel qui va changer notre civilisation. On ne sait pas le traiter. On a besoin d’autre chose que l’urgence. Cinquante pour cent des migrants sont des mineurs. On n’applique pas le droit (loi de 1945) : nos dispositifs fonctionnent pour un individu, pas pour autant.

 

Accueillons, comme on a su nous accueillir pendant les guerres. La France est déserte, il y a des villages qui meurent. Les migrants sont peut-être une chance. L’Europe est déserte, il y a de la place. De toute façon, un jour il y aura déferlement. Trions. Avec générosité. Alors comment on fait ? On ne pourra prendre tout le monde, mais ce qu’on fait, on le fait bien.

Il y a un génie médical, un tri généreux quand il y a un rein donné pour une greffe et qu’il y a dix malades qui attendent…choix difficile, il n’y a pas de bon choix, mais réfléchir tous ensemble…

 

Il faut penser et avoir une politique. Faire des camps corrects, camps de transit,  il faut renégocier l’accord de Dublin, il faut dire à l’Europe « vous êtes amnésique ».

 

On ne baisse pas les bras : bâtir le monde c’est devant. Accueillons les migrants, ça vaut le coup pour nos enfants, pour le futur.

 

Et lors de l’échange avec le public, Xavier EMMANUELLI précise :

 

Problème des Etats qui n’assurent pas la sécurité de leur population. Vivre en paix chez soi et la découverte du monde : il y a les deux.

L’Occident n’a pas les mains propres. En Afghanistan, on n’a pas installé la démocratie : les gens fuient. On n’a pas terminé le boulot.

Avec une nouvelle population, dois-je abandonner mon mode de vie ? Cela dépend de notre vigueur laïque. Il faut exiger d’appliquer nos lois.

 

Les médias disent les malheurs, et on n’a alors qu’une image négative de la migration qui va changer le monde. Les médias c’est comme une rumeur, une légende, et on en vient à des psychoses fabriquées.

 

 Contrairement à ce qu’on croit, les gens sont accueillants, si on donne un futur.