Comment repenser le projet européen pour qu'il soit mieux partagé par les citoyens

et qu'il réponde mieux aux enjeux de notre époque ?

 

 

Le débat organisé le 24 novembre 2016 à la BULCO a réuni environ 65 personnes. Il s'est ouvert avec cette question exigeante qui ne peut évidemment pas trouver réponse en 2 heures.

 

Le défi est double : celui de l'appropriation par le plus grand nombre d'un projet politique d'ampleur européenne et celui de l'adaptation de cette politique aux grandes questions qui traversent notre temps : changement climatique, migrations, mondialisation, révolution numérique, etc. 

 

Pour alimenter notre débat, 2 grands témoins ont accepté d’intervenir: 

- Michel Delebarre, ancien ministre d'Etat, européen convaincu, ancien président du Comité des Régions d'Europe. Il est actuellement vice-président de la commission de la politique économique.

- Christophe Lecoules, professeur au lycée de l'Europe. M Lecoules est le principal animateur d'un échange scolaire avec 5 pays européens : l'Italie, les Pays-Bas, l'Espagne, l'Angleterre, la Turquie. Le thème de cet échange porte sur les droits de l'homme.

 

- 4 invitées, étudiantes en licence d’intervention sociale à l’ULCO en formation continue, bénéficiant de cours sur les dispositifs européens. (Emeline Troncquée, Sandrine Bultiau, Khadidja Bouhadiba et Céline Everaert) 

 

Patrick Fabre, animateur de la soirée, a rappelé l'aide dont a bénéficié l'agglomération dunkerquoise. De très nombreux investissements n'auraient pas pu être réalisés sans subventions européennes. L'aide de l'Europe porte également sur des mesures sociales et sur des actions de formation. Deux documents ont été mis à disposition du public : l'un rappelle l'action de la Maison de l'Europe dont Patrick Fabre est le Vice-Président, l'autre dresse la liste des aides européennes accordées au territoire dunkerquois. 

 

Christophe Lecoules relate l'expérience du lycée de l'Europe en insistant sur l'évolution des perceptions des élèves vis à vis de l'Europe. Les rencontres ouvrent les esprits, font découvrir d'autres manières de faire, permettent de mieux comprendre l'autre, construisent par l'action le sentiment d'appartenance à l'Europe. Croiser les points de vue, découvrir d'autres coutumes, dépasser les préjugés, faire ensemble et dialoguer, voilà sans doute une démarche qui demande à s'amplifier et qui contribue à construire une citoyenneté européenne. Pendant le débat, M Lecoules dira son enthousiasme pour de tels échanges et témoignera de l'émotion de ses élèves lorsqu'ils ont visité des lieux de mémoire de la première guerre mondiale. N'oublions pas que le projet européen, c'est d'abord un projet de paix, ce que rappelleront plusieurs intervenants au cours du débat. 

 

Les 4 jeunes femmes invitées témoigneront de l'action de formation dont elles sont actuellement bénéficiaires qui leur permettra de faire appel à des fonds européens dans leur projet professionnel.

Ces témoignages très concrets montrent que l'Europe accompagne des dynamiques individuelles.

 

 

Michel Delebarre expose ensuite le sens et le fonctionnement du Comité des Régions d'Europe. 

 

Composé de 350 membres, le comité des régions rassemble des élus locaux et régionaux des 28 Etats de l'Union Européenne.  Les membres travaillent en pleine indépendance dans l'intérêt général de la Communauté et sont organisés en commissions qui portent des avis. Cette assemblée permet aux représentants locaux de se faire entendre des institutions de l'U.E. 

La démarche "ascendante" du Comité des Régions répond au souci d'exprimer le point de vue des territoires alors qu'environ les trois quarts de la législation européenne sont mis en œuvre au niveau local et régional. En associant les élus de proximité, cette assemblée permet également de lutter contre les écarts entre les citoyens et le processus d'intégration européenne. 

Michel Delebarre rappelle l'indépendance du Comité des Régions et l'importance de ses avis. Certes, la prise en compte de ces derniers par les institutions européennes n'est pas toujours obligatoire, mais elle progresse. Le comité des régions a la liberté de s'emparer de pratiquement tous les sujets, donc des grands enjeux de notre époque.

 

 Les débats font apparaître les différentes approches des problèmes au sein de l'Union. Les points de convergence sont recherchés et cela demande du temps. Michel Delebarre rappelle la responsabilité des élus qui doivent jouer pleinement leur rôle au sein des institutions. 

 

Un large débat a suivi ces exposés. Voici quelques questions parmi d’autres, très nombreuses :

 

- difficulté de monter des projets européens : dossiers trop techniques, il faut connaître les mesures qui déclenchent les subventions et les termes nécessaires pour se faire entendre. Besoin d’aides spécialisées pour monter de tels dossiers. La Communauté Urbaine peut apporter une aide. Un chercheur de l’université va dans ce sens : sa compétence porte sur la science, pas sur le montage de dossiers.

 

- "Quel retour de l'argent versé à l'Europe ?" Cette question va à l'encontre de la nature même du projet européen. Si chacun essaie de bénéficier au mieux des aides européennes, il est évident que le projet européen est d'abord basé sur la solidarité entre les Etats et sur le principe de convergence. Une personne dans la salle rappellera l'expression "I want my money back" qui va à l'encontre de cette solidarité et de l'idée même de l'Union européenne.   

- Une étudiante précise que grâce à sa formation, elle a pris conscience de l'importance de l'Europe.

- Comment rapprocher les citoyens d'un projet qui peine à se définir ? L'Europe s'est d'abord construite sur des questions d'intérêt économique et sur un rapprochement des normes. Si on veut que les citoyens s'approprient un projet, encore faut-il que celui-ci soit débattu et qu'il porte sur une vision à long terme. 

 

Le débat est clos vers 20 heures